Extrait de la note d’intention de François Chaignaud
« Je fais l’hypothèse que depuis son apparition, la mazurka est entrée dans (presque) tous les corps de celleux qui – d’une manière ou d’une autre – dansent (dans) leur vie : professionnels bien sûr, mais aussi amateurs, amants, enfants, virtuoses, dilettantes, aristocrates, paysans, jeunes … Suivre la trace des mazurkas c’est donc se relier à une histoire maximaliste de la danse : c’est fraterniser autant avec les danseur·euses du dimanche, qu’avec les enfants des cours de danse classique, les amoureux·ses des plages antillaises autant qu’avec les virtuoses du folklore, les jeunes queers neo-folk autant qu’avec les vedettes de l’opérette de l’entre-deux-guerres. C’est retrouver le lien entre nos grands battements et nos petites amours…
Le projet part de cette plasticité historique de la mazurka, considérée non pas seulement comme une danse, mais comme une forme qui traverse les corps et les met en mouvement. Son rythme et son expressivité semblent appeler des manières toujours renouvelées de danser, seul·e ou à plusieurs.
La pièce ne vise pas la reconstitution historique. Elle regarde la mazurka comme motif vivant, à explorer et réinventer. Un groupe d’interprètes se retrouve pour rejouer, déplacer, rater et inventer ce rythme à trois temps, ses accents et ses gestes, et la multiplicité d’intentions et d’expressions qu’il véhicule et permet.
À l’intérieur de ce motif apparaissent des états contrastés, des manières d’être emporté, déplacé, débordé par la danse. Ce sont les démentes. Non pas des personnages, mais des intensités, des régimes de présence : des corps qui ne tiennent pas en place, qui se stylisent, s’excèdent, se transforment.
La mazurka devient ainsi un dispositif émotionnel pour travailler sur le style, l’attitude, la danse et le caractère. Nous déploierons des manières très diverses et libres de « faire mazurka », la pièce faisant surgir à la fois des motifs identifiables dans l’histoire des danses qu’elle traverse, et quelque chose de plus essentiel : le mouvement d’un corps qui fait preuve de virtuosité pour trouver sa manière d’être au monde, un corps qui cherche à exprimer quelque chose. On y verra ainsi des danses de regard à trois temps, des jeux de paresse et de folie, des pas rythmés hérités des bals européens du XIXᵉ siècle, des danses de couple, mais aussi des danses solistes nourries de la multiplicité de ces sources et de l’actualité contemporaine de ce genre.
Les démentes scrutent ce que le mouvement de la mazurka fait surgir dans nos corps, ce qu’il y imprime et laisse vivre, pour que s’y exprime un style. »