« Avec Petites joueuses, le danseur et chorégraphe François Chaignaud propose un parcours immersif et continu dans le Louvre médiéval : des créatures mutantes et résonnantes investissent ses fortifications, et forment un troublant carnaval de formes, de chants et de figures déraisonnables, facétieuses ou indomptées.
Petit joueur, petite joueuse : ce terme péjoratif, synonyme de lâcheté, de manque d’ambition, le chorégraphe François Chaignaud se l’est approprié afin d’en subvertir les significations, à la manière d’un manifeste : affirmer par la singularité, l’insolence ou la légèreté des corps, une autre manière d’investir l’espace, tout en brouillant le champ sémantique de la grandeur attaché au lieu consacré de l’Art. Des petites joueuses performant en continu dans le Grand Louvre, inventant leurs propres règles, déjouant les codes, introduisant du trouble, du jeu, de l’équivoque – faisant dégonfler les effets d’autorité de cette immense machine d’exposition. En prenant le Louvre par son revers, cette communauté de performeurs et de performeuses révèle les couches archéologiques du Louvre médiéval ; un par une, chaque visiteur découvre ses fondations, ses douves, ses strates cachées, accédant à un organisme vivant, exhalant, bruissant, peuplé de figures graves ou cocasses. Comme un prologue à l’exposition Figure du fou, qui explore la valeur subversive de l’insensé dans la société médiévale, Petites joueuses agit comme un contrepoint, une nef chantante – un charivari de voix, de sons, d’attitudes, affirmant la centralité de la marge. »
Texte écrit par Gilles Amalvi pour l’édition 2024 du Festival d’Automne