Black Dolls
« Black Dolls, c’est d’abord une collection des toutes premières poupées faites par des femmes noires esclaves vue dans une exposition (Déborah Neff, Black Dolls, Maison Rouge, Paris). Ces poupées et les quelques vieilles photographies qui les mettent en scène, sont devenues des mythes pour moi.
Black Dolls, c’est avant tout le choix d’un duo. Sur scène, Mulunesh et moi. Deux danseuses que le mouvement Krump a réuni. Krump qui est un ADN mais loin d’être la seule corporalité, le seul médium pour raconter cette histoire. Chacune a ses visions, ses carcasses et ses danses. Le récit d’un mythe nous réunit. La femme noire qui doit se représenter, s’incarner pour vivre, comme ces femmes noires esclaves qui se créent des corps en bout de cuirs, de chiffons, de fils et de boutons pour être aimées (peut-être par l’enfant dont elles s’occupent, souvent blanc). Elles seront toutes là ces poupées, ces femmes, à travers nous. Vixen, stripteaseuse, Fox, objet, meuble, nourrice, mère laitière, déesse, putain, athlète, star, krumpeuse, génie, sacrifiée. Deux femmes noires dansent la puissance érotique et la fureur nées du chaos. La puissance du chaos d’aujourd’hui, la puissance de nos danses carnassières aujourd’hui. J’y vois des postures venues d’un monde où le corps noir n’a jamais été anéanti. J’imagine ce duo raconter la femme noire. À tout prix. La faire parler, la faire danser, la faire exister, la faire contempler. Occasion pour moi de me questionner sur ce que veut dire être une femme noire.
Une piste solide est la suivante : le corps noir est un corps plein de hors-champs.
Mettons la lumière dans nos abysses. Respirons nos profondeurs. »
Biographie
Née en 1987 à Montreuil (France), Nach rencontre le Krump à l’âge de 22 ans devant l’Opéra de Lyon après avoir vu Rize le film-documentaire de David Lachapelle consacré à cette danse urbaine. Nach développe simultanément son rapport à la scène et à la création. Interprète pour différents artistes, elle multiplie les rencontres avec des personnalités de tous horizons comme le chorégraphe Heddy Maalem et le metteur-en-scène Marcel Bozonnet. Côté musique, on la retrouve auprès de Koki Nakano et Ruth Rosenthal (collectif Winter Family). Côté cinéma, elle mène une aventure singulière avec les étudiant·es de l’une des écoles du collectif Kourtrajmé. Un travail de transmission portant sur le corps, la posture et l’incarnation, éléments fondateurs dans son propre parcours. Un basculement s’opère en 2017 avec la création de son premier solo, Cellule, bientôt suivi, en 2019, de Beloved Shadows, pièce réalisée après un voyage au Japon. L’artiste y découvre, entre autres, certains arts de la scène comme le théâtre Nô et le Bunraku ainsi que la danse Butô. Plus que jamais convaincue de la nécessité de « faire récit », Nach s’engage davantage dans sa propre voie, celle d’un corps organique, dont la danse puissante et délicate croise d’autres perceptions et gestes artistiques comme les arts visuels, les espaces d’errance, de glissement, la lumière ou encore les mots. Une approche de la création dont témoigne sa conférence dansée Nulle part est un endroit (2021). Résistant aux catégories, son travail interroge aussi bien le féminin que les processus engagés par chacun pour se réapproprier une identité multiple. Questions qu’elle aborde différemment dans sa première pièce de groupe, Elles disent, créée en 2022.